L’Ankou rageusement…
Il existe sur Over un blog dangereux. Aux liens ésotériques, secrets. A l'adresse Ip improbable. Il a été créé il y a fort longtemps par un barde breton. Sénile, immortel. Encore plus âgé que le Comte de Saint Germain.
Surfeur, si tu t'y aventures, cliquant seul au lever de la nuit, c'est à tes risques et périls.
Tu risques d'être projeté dans le Youdig, le marais ténébreux. Ou pire au sommet des montagnes bretonnes. La mort, l'Ankou, et son chariot grinçant, s'y tiennent en embuscade.
Mince, ce soir tu sautes le pas.
Bravache. Que fais-tu avec ta voiture en ce lieu sinistre. Tu visites la Bretagne ?
Ah oui. Tant que tu y es ? Bon... Bonne chance !
Le soleil se couche sur les monts d'Arrées. Au lointain, une grande auréole marron orangée, l’enveloppant, confond encore le ciel rouge sang avec les collines métalliques bleutées. Tous les
détails s’estompent, se désagrègent. Seule une fine ligne cuivrée, furtive, scintille sur l’horizon et démarque, pour un instant, l’éther, du chaos des mamelons pierreux. La lande ocre
s’assombrit de traînées glauques et profondes, puis d’ombres fugaces qui glissent telles des ondes en vagues de terreur sur l’océan
rouillé.
L’Ankou et sa meute de lièvres blancs prennent possession des lieux. Ils partent à ta recherche. Détourne ton regard si tu les aperçois.
Incliné près de toi, un bloc de granit, grand menhir rose et gris, entouré de buissons de genets et d’ajoncs dorés, se détache devant les hautes aiguilles échancrées, agressives, qui lancent
leurs doigts tendus vers l’azur encore mauve. Pas un nuage n’est resté là. Un silence total s’étend et t’oppresse. L’Ankou rôde quelque part. Tout s’enfuit. Des bruyères brisées, des épines
d’ajoncs lacèrent tes jambes nues. Des trous dérobent leurs mousses noires et spongieuses sous tes pas pressés. Des pierres traîtresses retardent tes fuites en vaines
retraites.
Tout l’univers se meurt avec toi. Le manteau de la nuit te traverse. Ta lampe de poche s’étiole. L’obscurité éteint tes yeux. Ta voiture s’est
perdue.
- "Wig ha wag !"